Les Équilibristes
26 octobre 2016
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Le projet

Les Équilibristes c’est un film qui me tient très à cœur, l’histoire d’amour de deux gars sur fond de Sida… sous la forme d’une comédie romantique !

Le projet est porté avec force par Anthony Doncque de TS Production et David Hurst de Dublin films, nous avons gagné le concours de scénario organisé par Tv 7 Bordeaux.

L’écriture s’est faite à six mains, avec Laurent Coltelloni, avec qui j’ai écrit Combien ? et U Cuntrollu, puis avec David Lambert, dont j’avais adoré Hors les murs et Je suis à toi, il m’a conforté dans l’idée que faire un film drôle sur le Sida était la bonne option !

L’histoire

Les Équilibristes raconte une journée dans la vie de deux personnages. Quelques heures pendant lesquelles tout est possible. Quelques heures de possible incubation du VIH après une nuit d’amour, quelques heures pendant lesquelles on devient potentiellement malade.

Une journée de frisson et de vertige qui va servir d’écrin à une histoire d’amour entre Jean-Christophe et Vincent, l’un ayant potentiellement contaminé l’autre.

Il y a quinze ans, il aurait été inimaginable d’écrire autre chose qu’une tragédie sur le sida. En 2016, on ne meurt plus du sida, être contaminé n’est plus synonyme de mort, et, même si cela signifie tout de même toujours beaucoup de souffrance, il y a un avenir possible.

C’est cet avenir que j’aborde dans ce court-métrage. J’ai voulu faire de la contamination probable de départ un moteur de fiction qui retracera la confrontation de deux parcours singuliers : Vincent a une vingtaine d’années, il se protège mais ça lui arrive d’oublier… comme la nuit de sa rencontre avec Jean-Christophe. Jean-Christophe est plus âgé, il est contaminé depuis deux décennies, et l’avancée spectaculaire des traitements fait qu’il peut presque vivre comme tout le monde. C’est ce presque que, cette nuit-là comme d’autres nuits, il a eu envie d’oublier.

Le film

Pour mettre en scène la collision de ces deux parcours, j’ai choisi de baser la narration sur un malentendu. Jean-Christophe pensait que Vincent était séropositif comme lui, Vincent pensait que Jean-Christophe était séronégatif comme lui. Comme dans une situation de quiproquo. Ils pensent tous les deux partager le même statut sérologique, le même monde, le même quotidien, mais se rendent comptent brutalement de leurs différences.

Il existe, chez les homosexuels séropositifs dont la charge virale est indétectable, des pratiques qui consistent à avoir des rapports non protégés avec d’autres séropositifs indétectables. De l’autre côté, certains – et malheureusement de plus en plus –homosexuels séronégatifs ont tendance à baisser la garde et oublier que la maladie existe : ils choisissent d’avoir des rapports non protégés, en se disant – sans vraiment réaliser ce que cela implique – qu’au pire ils peuvent faire un traitement d’urgence voire même (depuis très récemment) bénéficier sous des conditions particulières d’une trithérapie préventive appelée « PrEP », un médicament à prendre avant et après le rapport.

Toutes ces pratiques existent. Pour autant je ne suis pas là pour juger les comportements ; je suis cinéaste et je veux comprendre par les moyens du cinéma comment cela arrive aujourd’hui, comment cela transforme et modifie les relations entre les personnages et quelles peuvent en être les conséquences sur eux. C’est l’objet de mon film. Je veux prendre le temps de regarder Jean-Christophe et Vincent, en étant auprès d’eux dans leur vie, dans leurs contradictions et leurs failles, traverser avec eux l’épreuve qu’ils vont affronter dans leur rencontre – et aussi la chance que constitue pour eux cette rencontre, comme toute vraie rencontre. Vincent, qui peut apparaître au premier abord comme le superficiel, le nombriliste, va se dévoiler progressivement plus concerné et attentif à l’autre. Jean-Christophe, sûr de lui, autoritaire, que les années de maladie ont rendu dur et froid, va se montrer fragile et accepter de se sentir vulnérable peut-être pour la première fois depuis longtemps.

Le film se construit ensuite sur la réalité chronologique clinique d’un traitement d’urgence; le corps, organiquement parlant, est en danger, avec des flux et reflux de sang, de médicaments, de nourriture. Le temps se rétrécit comme dans un récit à suspense, une course contre la montre où le virus joue le rôle de condensateur, une menace sourde et omniprésente, qui vient perturber les flux et reflux du désir.

La mise en scène tiendra compte de cette urgence temporelle. Elle sera découpée, sans temps mort, avec un cadrage qui ne laisse pas de place au décor de l’hôpital sinon les silhouettes frôlantes des autres malades. En parallèle, subrepticement, le sentiment amoureux et le désir vont émerger, avec des plans plus longs, une ambiance sonore plus douce, laissant respirer les visages et les corps.

Un point de vue différent

Les Équilibristes sera un film centré sur les acteurs. Je vais orienter le jeu vers la vivacité, en travaillant sur le différentiel physique et verbal des deux personnages : Vincent, dégingandé, dévertébré, hésitant, ira en zig-zag, alors que Jean-Christophe sera solide, une masse impressionnante qui paraît au premier abord difficile à bouger mais en fait très mobile, sûre d’elle, généreuse. J’ai envie d’un film physique, caméra et perche seront sur les comédiens et ne les lâcheront pas.

En avril de cette année est sorti le long métrage de Ducastel et Martineau Théo et Hugo dans le même bateau, qui raconte en temps réel la naissance d’une histoire d’amour à l’occasion d’une contamination potentielle et d’un traitement d’urgence à l’hôpital. À la vision, j’ai été soulagé de constater que nos deux films, s’ils parlaient d’un même sujet, ce qui en souligne l’actualité, le traitaient de façon très différente; Ducastel et Martineau mettent l’accent sur le sexe et les sentiments, je mets au cœur de mon film le drame de la contamination. Ducastel et Martineau considèrent que leurs deux personnages sont des victimes, Théo et Hugo ne se posent donc pas les questions de reproche et de responsabilité.

Au contraire, Vincent et Jean-Christophe vivent et ont vécu leur contamination de façon extrêmement traumatisante, le film confrontant une contamination passée, celle de Jean-Christophe, violente, pleine de souffrance pendant des années, à celle, finalement nulle et non avenue, de Vincent. Vincent et Jean-Christophe, équilibristes sur le fil du drame et de la comédie, seront les lointains cousins des doux et sensuels Théo et Hugo.

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